Ex 16, 2-4.12-15
Ps 77
Ep 4,17.20-24
Jn 6, 24-35
En écoutant le peuple récriminer au désert, regrettant les marmites pleines de viandes et le pain à satiété du temps de l’esclavage, je me suis souvenu de mon grand-père remplissant à ras bord l’auge du cochon la veille de son sacrifice. La morale de cet homme était la morale de tous ceux et celles qui ont connu la faim, elle tient en une phrase : mourir oui mais mourir le ventre plein.
Dans la récrimination du peuple au désert il y a bien cela et ici Dieu ne leur fait aucun reproche, il leur donne de la viande et du pain. Le ventre a aussi ses droits ou plutôt quelle est la liberté du ventre vide ? Un mensonge comparable à l’obscène « le travail rend libre » à l’entrée des camps de concentration nazis…
Il semble devenu de mode, chez une minorité qui se pense élite ou avant-garde, à séparer l’humanité entre « viandards » et « éveillés ». Sans vouloir rentrer dans le débat très sérieux de la souffrance animale, il me semble clair que si nos ancêtres ont pu domestiquer des animaux aussi différents que les bovins et les loups, c’est que ces derniers sont opportunistes. Autrement dit les animaux avaient eux aussi un intérêt à cette domestication : une nourriture abondante avec un maximum de sécurité et un minimum de dépense d’énergie. Mais à l’époque de ce « contrat » les humains, et encore moins les animaux, ne pouvaient imaginer l’avènement de l’industrie agro-alimentaire. Ici en effet les données du « contrat » ont radicalement changé ; il ne s’agit plus de mourir le ventre plein mais bien de ne jamais vivre du tout puisque l’industrie ne considère que de la matière première. Alors oui, il y a bien scandale.