HOMELIE DU 24 SEPTEMBRE 2017

Chers amis, bien chers frères… Ma maman me disait souvent, la vôtre aussi peut-être : « Ne regardes-pas dans l’assiette de ton voisin, regardes ce qui est dans la tienne ! »

L’Evangile que nous venons d’entendre est une très bonne illustration de ce conseil ! Au nom de quel mérite les ouvriers de la première heure se croient-ils en droit d’attendre quelque chose de plus que les ouvriers de la dernière heure ? Il se trouvaient-là au moment où le maître est passé et leur a proposé de se mettre au travail pour un salaire qui leur convenait ! Ils devraient rendre grâce pour la joie d’avoir trouvé ce qu’ils cherchaient… Alors, pourquoi revendiquer quelque chose qui dépend de la seule bonté de Dieu et non de leur mérite… Ils ont ce qui leur revient ! Pourquoi vouloir davantage… Ils sont prisonniers comme beaucoup de cette foutue tendance qui ruine notre vie et nous rend malheureux et qui consiste à se mettre au centre de tout et à juger de tout à partir de nous-mêmes  et non de Dieu !

Je ne peux m’empêcher de rapprocher cela de ce que nous vivons et voyons avec ce phénomène des migrations de populations qui secouent actuellement notre monde et tout particulièrement notre vieille Europe…

Ne voyons-nous pas souvent, même parmi nous les chrétiens, les migrants comme un danger ? Au lieu de les voir comme un défi lancé à notre capacité de témoigner de l’Evangile quand ils nous interpellent : Je suis nu, je suis malade, je suis prisonnier, je suis un étranger…

Au lieu de rendre grâce à Dieu qui nous permet ainsi de vérifier la qualité de notre foi, en la mettant en œuvre par des actes et non par des discours, et de nous préparer ainsi une éternité à la droite de Dieu.

Nous nous refermons sur nos intérêts quand ils sont remis en question et nous nous refusons à partager…

Partager oui, éventuellement mais de loin en nous contentant de soulager notre bourse trop remplie à la manière d’un buveur qui se soulage en rotant après avoir trop bu… ! Rencontrer l’autre et l’accueillir comme un frère et mon égal parce que fils de Dieu comme je le suis moi-même c’est trop demander, surtout s’il n’est pas chrétien comme je prétends l’être ! Chacun chez soi, on a déjà assez de mal comme ça…

J’ai droit à ceci, j’ai droit à cela ! Tu n’as pas droit à ceci tu n’as pas droit à cela !… Quel droit ? Si ce n’est celui que je reçois comme un cadeau de Dieu d’être son fils ?

Mais ce droit ce n’est pas le mien au détriment de celui des autres, mais bien celui de tous, car Dieu reconnaît tous et chacun comme ses enfants.

Et moi qui me dit chrétien, c’est-à-dire disciple de Jésus le Christ, (Nous avons entendu l’Apôtre Paul nous donner une bonne définition de l’être chrétien quand il disait : « pour moi vivre c’est le Christ »). Pour moi qui me dit chrétien, il est clair que mon droit se transforme en devoir, et mon devoir c’est d’annoncer par ma parole et par ma vie la bonne nouvelle de la filiation divine de tout être humain ! « Celui qui dit qu’il aime Dieu et qui a de la haine pour son frère est un menteur » nous dit l’Apôtre Jean…

Les ouvriers de la première heure de la Parabole d’aujourd’hui sont comme ces chrétiens qui veulent apprendre à Dieu à faire son métier de Dieu en lui donnant des leçons d’économie et de gestion des ressources humaines… Or, nous rappelait le Psaume : « la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres.» Et le prophète Isaïe d’insister : « Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.»

 « Dieu est Dieu nom de Dieu » disait Maurice Clavel. C’est à nous de nous mettre à son école et non l’inverse ! L’enseignant de cette école, nous le savons, c’est Jésus… Fils de Dieu venu en notre monde pour nous apprendre ce que veut dire être fils de Dieu quand on est un fils d’homme !

Nous savons bien que son enseignement est celui du don gratuit et sans limite jusqu’au don de sa propre vie pour les malades et les pécheurs et mêmes ses propres persécuteurs… Aujourd’hui encore, de telles affirmations font doucement rigoler les païens comme autrefois au temps des premiers chrétiens…

Ça les fait rigoler jusqu’au jour où ils comprennent que cela remet complètement en question  l’ordre établi… Et alors d’amusés ils deviennent inquiets puis menaçants et méchants… Et alors commence la persécution pour faire taire les trublions chrétiens qui veulent faire des béatitudes un nouvel art de vivre…

Depuis longtemps nous sommes entrés dans une troisième guerre mondiale en morceaux, comme ne cesse de nous le répéter le bien-aimé Pape François ajoutant que les persécutions contre les chrétiens n’ont jamais été aussi développées qu’à notre époque… Il n’est donc pas inutile de savoir pour – quoi et pour qui nous sommes prêts à donner  notre vie et si nous le sommes vraiment…

En ce jour où le Souvenir Français nous invite à faire mémoire de tous ceux qui sont morts au combat, il est opportun de nous demander les combats que nous devons mener et les raisons qui valent la peine de perdre notre vie. C’est de ne pas savoir cela qui rend la jeunesse d’aujourd’hui si fiévreuse et prête à s’enflammer à tout moment pour des causes fallacieuses… Qu’avons-nous fait de l’Evangile nous chrétiens, (nous sommes nombreux dans cette Eglise ce soir. Serons-nous tous présents dans nos paroisses dimanche prochain… c’est moins sûr !) Qu’avons-nous fait de l’Evangile pour qu’on ne soit plus capable de transmettre aux générations d’aujourd’hui qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie ? Je vous laisse sur cette question parce qu’elle nous revient à chacun d’entre nous, parents ou grands-parents de la génération qui monte…

Sommes-nous prêts, oui ou non, à donner notre vie pour nos frères ?…