HOMELIE DU 21 janvier 2018

Textes :

Qu’est-ce qu’elles ont les lectures d’aujourd’hui ? Elles semblent avoir le feu aux trousses ! Elles voudraient nous inquiéter qu’elles ne s’y prendraient pas autrement !

« Les temps sont accomplis », nous dit l’Evangile ! « Le temps est limité » lui répond St Paul en écho, et du fond du premier Testament c’est Jonas qui proclamait tout à l’heure : « Encore quarante jours et Ninive sera détruite ! »

Qu’est-ce qui est donc si urgent ?

Si on y regarde de plus près l’urgence dont il est question, c’est la conversion… C’est-à-dire l’adhésion personnelle à ce que Dieu attend de nous dans l’engagement concret de notre vie quotidienne.

Témoigner dans le monde, au cœur du monde, mais sans se laisser happer par l’esprit du monde ! Voilà notre mission de chrétiens.

 « Je vous ferai devenir pécheurs d’hommes »  déclare Jésus à la bande de “pieds nickelés” qu’il recrute sur les rivages de la mer de Galilée… Ils n’étaient ni meilleurs ni pire que nous… Ils étaient le tout-venant et de condition plutôt modeste comme la plupart d’entre nous… Mais Jésus les appelle, comme il nous appelle aujourd’hui.

Dieu a des choses à dire au monde dans lequel nous vivons. Pour cela il fait de nous ses témoins. Témoins de Celui qui est la Parole que Dieu dit aux hommes  pour qu’ils aient la vie” !

En cette semaine ou nous prions pour l’unité des chrétiens je voudrais rappeler ces paroles de Paul VI qui déclarait en 1967 : « Tous les chrétiens, nos frères, nous en sommes sûrs, voudront amplifier leur effort commun et concerté en vue d’aider le monde à triompher de l’égoïsme, de l’orgueil et des rivalités, à surmonter les ambitions et les injustices, à ouvrir à tous les voies d’une vie plus humaine où chacun soit aimé et aidé comme son prochain, son frère.» (Populorum Progressio, n° 82)

Aujourd’hui, notre ensemble paroissial se réunit en congrès dans l’élan du synode diocésain voulu par notre évêque, pour réfléchir comment nous pouvons mieux nous organiser afin que nos paroisses deviennent ou redeviennent « comme la fontaine du village où tous peuvent puiser l’eau fraîche de l’Evangile.»

Je nous invite, nous les chrétiens de l’ensemble paroissial Allonnes-Arnage à saisir la balle au bond ! C’est une occasion rêvée de revenir à la source de notre engagement, la source de notre baptême ! C’est l’occasion de réveiller nos forces endormies… Plutôt que de nous lamenter sur le manque de fréquentation ou le peu d’entrain de nos assemblées ou l’absence de relève des forces vives de nos communautés, saisissons la chance qui nous est donnée, relevons nos manches et inventons la communauté d’aujourd’hui sans vouloir à tout prix la comparer à celle d’hier aussi stimulante ou sclérosante qu’elle ait pu nous paraître… « C’est maintenant le temps favorable, c’est aujourd’hui le jour du Salut » (2 Cor 6,2)

Si j’insiste tant sur la mise en place d’équipes synodales dans notre ensemble paroissial, c’est que je sais que ce n’est qu’ensemble que nous pouvons nous ouvrir à la nouveauté de l’Esprit.

Notre évêque ne cesse de nous répéter qu’il a besoin de nous !

On j’entends ici ou là certains bégueules qui disent « à quoi bon, tout est ficelé d’avance !…  L’évêque sait déjà ce qu’il veut faire et tout ce tralala n’est que de l’esbrouffe ! » Sont-ce là des propos de chrétiens ?

La mission d’annoncer l’Evangile n’est pas l’affaire du clergé que le bon peuple devrait suivre en bêlant… Si l’évêque a besoin de nous, c’est parce que Dieu a besoin de nous !

L’évêque est le serviteur de la communauté dont Dieu a besoin et son rôle de pasteur est de rassembler nos forces dispersées. C’est de nous que Jésus veut faire les pécheurs d’hommes dont le 21ème siècle a besoin…

En 2012, le Pape Benoit XVI appelait avec force à « un changement de mentalité à propos du rôle des laïcs dans l’Eglise, qui ne sont pas à considérer comme des “collaborateurs” du clergé, mais comme des personnes réellement “coresponsables” de l’être et de l’agir de l’Eglise. Il est important, disait-il, que se renforce un laïcat mature et engagé, capable de donner sa propre  contribution spécifique à la mission ecclésiale, dans le respect des ministères et des charges que chacun a reçu dans la vie de l’Eglise et toujours en communion de cœur avec les Evêques. » (Message à l’occasion de la 6ème assemblée ordinaire du forum d’action catholique, 10 août 2012)

Et le Pape François, habitué à secouer un peu ses frères dans le sacerdoce et l’épiscopat, vient de rappeler aux évêques du Chili, en s’appuyant sur les textes du Concile Vatican II : « Le manque de conscience d’appartenir au peuple fidèle de Dieu comme serviteurs, et non pas comme maîtres, peut nous conduire au cléricalisme qui est l’une des tentations qui porte le plus de préjudice au dynamisme missionnaire que nous sommes appelés à impulser. […/…] Le manque de conscience quant au fait que la mission revient à toute l’Église et non uniquement au prêtre ou à l’évêque, restreint l’horizon et, ce qui est pire, entrave toutes les initiatives que l’Esprit peut insuffler parmi nous. Disons-le clairement, les laïcs ne sont pas nos ouvriers, ni nos employés. Ils ne doivent pas répéter comme des “perroquets” ce que nous leur disons. »

Qu’est-ce qu’il peut faire tout seul notre pauvre évêque ? Ne soyons pas de ces chrétiens fatigués qui ressemblent plus à des éteignoirs encrassés de suie qu’à des tisons ardents prêts à allumer le feu de l’Evangile…

François d’Assise priait ainsi : « Seigneur, Foyer d’Amour, fais-nous brûler de Charité. Quand paralyse le doute, que nous réveillions la foi. Quand pèse la détresse, que nous ranimions l’Espérance. Quand s’épaississent les ténèbres, que nous apportions la lumière. »

…/…

Le Pape dans son discours aux évêques du Chili, continue : « Demandez à l’Esprit Saint le don de rêver. S’il vous plaît ne vous arrêtez pas de rêver, de rêver et de travailler pour une option missionnaire et prophétique qui soit capable de tout transformer, afin que les habitudes, les styles, les horaires, le langage et toute l’organisation ecclésiale deviennent un canal adéquat pour l’évangélisation plus que pour une auto préservation ecclésiastique. N’ayons pas peur de nous défaire de ce qui nous éloigne de la mission qui nous est confiée.»

Oui, frères et sœurs, les temps sont accomplis ! Convertissons-nous et croyons à l’Evangile !

Je vous propose de reprendre tous ensemble la prière pour le Synode que vous avez au dos de l’image qui vous a été remise à l’entrée :

Esprit-Saint,
Toi qui as donné naissance à l’Église
au jour de la Pentecôte,
Toi qui as transformé les disciples
en missionnaires audacieux,
manifeste à nouveau ta bonté
à notre Église dans la Sarthe.

Esprit-Saint,
Toi qui ne cesses d’assister l’Église,
nous te confions notre synode diocésain :
rends-nous assez humbles
pour nous mettre à l’écoute
de ce que tu veux nous dire,
rends-nous disponibles à ton action.

Esprit-Saint,
Toi qui es donateur de vie,
source rafraîchissante :
accorde à nos paroisses
d’être toujours comme la ‘fontaine du village’
accessible à tous ceux qui ont soif.

Esprit-Saint,
répands en abondance sur nos communautés
le feu de ton amour
pour qu’elles rayonnent de charité ;
répands en nos cœurs tes dons variés
pour que nous soyons ‘disciples-missionnaires’,
sel de la terre et lumière du monde.